Le Commerce Equitable

23-01-2012

 

 

 

Une agriculture paysanne en difficulté

La moitié de la population active mondiale est aujourd'hui constituée de paysans, soit 1,5 milliard de personnes, qui vivent dans les pays du Sud. Or, nombre de nos aliments quotidiens nous viennent des petits producteurs de ces pays.

L'agriculture paysanne du Sud est une agriculture familiale où, sur de petites parcelles, (entre 1 et 3 hectares), des familles produisent le riz, le maïs ou le manioc destinés à leur consommation propre et vendent leurs excédents sur le marché local. Les produits destinés à l'exportation, comme le thé, le café ou le cacao, sont commercialisés sur les marchés internationaux. Les familles retirent de ces ventes les revenus monétaires nécessaires au financement de l'éducation des enfants, à l'achat des vêtements, aux dépenses de santé ou à l'acquisition de biens indispensables, fabriqués industriellement.

 

L'Agriculture paysanne en concurrence avec l'agriculture industrielle

Agriculteur

L'agriculture paysanne dans les pays du Sud n'est soutenue par aucune politique publique. Elle est directement confrontée à la concurrence d'une agriculture industrielle dont la productivité est disproportionnée face à ses capacités de production et qui souvent est subventionnée. Pour vendre leurs produits au même prix que ceux pratiqués par les exploitations agricoles modernes, les paysans du Sud doivent donc accepter une rémunération bien moindre. Les petits producteurs qui produisent pour l'exportation sont sans aucun doute les plus directement affectés. Mais, les paysans qui vendent des produits alimentaires traditionnels sur le seul marché local sont également confrontés à cette concurrence inégale puisque les produits alimentaires importés des pays du Nord sont aujourd'hui présents sur les marchés locaux.

 

Des prix de vente non rémunérateurs qui entraînent un endettement et un exode rural des familles paysannes

En conséquence, les prix mondiaux des denrées alimentaires ont connu depuis plusieurs décennies une baisse constante. Le prix du sucre a été divisé par trois en un siècle et, au début des années 2000, la chute des prix du café, du cacao et de la banane a été sans précédent. Parallèlement à cette baisse des prix de vente dans les pays industrialisés, les coûts de productions des paysans du Sud (les intrants, les semences, les transports, etc.) n'ont cessé d'augmenter. Soumis à cet effet de ciseau, les revenus des petits producteurs du Sud se sont nettement dégradés, entraînant dans ces 30 dernières années l'exode vers les villes de centaines de milliers de ruraux et la paupérisation rapide de ceux restés sur place.

Nombreuses sont les situations où le prix payé à un petit producteur du Sud ne couvre pas ses coûts réels de production. Impossible alors de réaliser les investissements productifs indispensables: outils, semences, fertilisants, etc..

C'est ainsi que nombre d'agriculteurs se retrouvent pris dans des processus dramatiques d'endettement et de décapitalisation. Pour subsister ils prennent des crédits sur le marché informel des prêts à des taux proches de l'usure, et, pour s'acquitter de leurs dettes, ils se voient obligés de vendre progressivement leur cheptel, leurs outils et jusqu'à leurs terres. Ce sont là les causes principales des migrations temporaires ou permanentes vers les villes. Dans bien des endroits, l'agriculture paysanne ne subsiste que grâce à la migration saisonnière des jeunes ou des hommes de la famille qui vont travailler dans les centres urbains comme vendeurs ambulants, manœuvres dans la construction, etc. Avec la dislocation des familles, c'est alors tout le tissu social qui se décompose pendant de longues périodes. Les personnes âgées restent sur place, les plus jeunes partent et, faute d'activité économique productive, l'Etat n'investit plus dans les infrastructures indispensables: les hôpitaux, les écoles, les réseaux électriques, etc.



Des petits producteurs face aux grandes multinationales

Un petit producteur

La plupart des produits tropicaux exportés sur les marchés internationaux sont issus de l'agriculture paysanne, or les petits producteurs sont très dispersés et ont de grandes difficultés à mettre en place des instances de concertation ou d'organisation de la vente de leurs produits. De plus, éloignés des marchés sur lesquels ils vendent, ils les connaissent mal, et leurs capacités de négociation avec les acheteurs internationaux sont donc très limitées. Ces derniers, par contre, sont peu nombreux, bien organisés et ont tous les pouvoirs à leur disposition.

Quatre sociétés contrôlent 40% du marché du riz, sept sociétés 85% du marché du cacao, et quatre grandes multinationales 60% du marché du café. Ces entreprises s'approvisionnent auprès de millions de producteurs dans une cinquantaine de pays différents.

Avec la libéralisation des marchés des matières premières de base et l'abandon des mécanismes internationaux de régulation, les cours des produits agricoles subissent de très fortes variations. Les chutes abruptes peuvent mettre en faillite la frange la plus fragile des producteurs et affecter négativement l'économie entière d'un pays. Le marché du café a ainsi connu une crise sans précédent entre 2000 et 2005, avec des cours bien inférieurs aux coûts de production. Résultat: 25 millions de petits caféiculteurs ont été précipités dans la pauvreté. En l'absence totale d'une régulation du marché, ce sont les acheteurs qui font la loi. Et cette "loi" du plus fort, qui répond à des enjeux spéculatifs, met en redoutable insécurité des millions de petits producteurs.



Source : http://www.ethiquable.coop